La fraude sociale, un filon pour "crédibiliser" la Droite populaire

La fraude sociale, un filon pour

Le ministre des Transports Thierry Mariani, cofondateur du collectif de la droite "ultra", cherche à structurer son label.

Thierry Mariani compte officialiser le nouveau statut de la Droite populaire à la rentrée.

Thierry Mariani commence par relativiser l'impact de sa "petite proposition" sur la fraude sociale, glissée au détour d'une interview au JDD. "Un hasard de la vie médiatique", analyse le ministre des Transports. Mais en relançant l'idée - défendue depuis des lustres par le député Dominique Tian - de "créer un fichier des allocataires sociaux", le cofondateur du "label" de la Droite populaire sait pertinemment ce qu'il essaye de faire : crédibiliser son collectif de députés. "Au bout d'un an d'existence, nous avons réussi le pari de la notoriété. Aujourd'hui, nous faisons celui de la crédibilité." Première solution, selon Mariani : aborder des questions autres que celles de l'immigration et de la sécurité, et notamment "un ensemble de propositions sur la justice sociale, les profiteurs, etc.".
 
L'idée remonte au 12 juillet, le mardi du premier anniversaire de la Droite populaire. Ce jour-là, les désaccords habituels entre ses députés ont viré à la confrontation médiatique. D'un côté, une poignée de provocateurs, emmenés par Lionnel Luca, organisaient un "apéro saucisson-vin rouge" et provoquaient un tollé jusque dans leur propre camp, où certains craignaient de "virer à la droite réac beauf". De l'autre, une vingtaine d'autres étaient reçus à déjeuner au ministère des Transports ("sur les deniers personnels du ministre", précise-t-on) pour parler de l'avenir du collectif. Parmi eux, Dominique Tian, député des Bouches-du-Rhône et rapporteur de la Mission d'évaluation des comptes de la Sécurité sociale, autant dire spécialiste de la fraude sociale, son grand dada. Il évoque alors cette question, estimant qu'elle pourrait être mise en avant à l'approche de la campagne présidentielle...
 
Un thème qui "marche"
 
Un influent conseiller de l'UMP, présent au déjeuner, va vite lui emboîter le pas : Guillaume Peltier, ancien membre du Front national et du MPF de Philippe de Villiers, et créateur d'un magazine d'analyse de sondages, La lettre de l'opinion. Un homme que Mariani présente volontiers comme l'un des cofondateurs du collectif. "Selon lui, cela fait partie des quatre ou cinq sujets majeurs qui préoccupent les Français", explique fièrement Dominique Tian, qui n'hésite pas faire un parallèle entre cette proposition et la sortie sur le RSA et l'assistanat de Laurent Wauquiez, en mai dernier. Dans l'après-midi même, Mariani lit le rapport de Tian, qu'il trouve "très intéressant". La suite, on la connaît.
 
Mais le ministre des Transports sait qu'il ne lui suffira pas de diversifier les sujets abordés par la Droite populaire pour "devenir un plus, et non pas un poids pour l'UMP", comme il le souhaite, empruntant l'expression au député du Rhône Patrice Verchere. Mariani veut donc structurer son collectif, qui, pour l'heure, n'est "qu'une marque et un site internet". Il sait que les plus provocateurs, qui apprécient la liberté d'expression que leur confère l'absence de statut, sont hostiles à cette idée. Mais d'autres le soutiennent, comme Tian : "Je pense qu'il n'a pas tort. Il nous faut une parole un peu guidée, il ne faut pas que ça vire à l'armée mexicaine." Et d'ajouter, sans parler non plus des dérapages à répétition de certains membres du collectif : "Il faut appeler à un peu de prudence à l'approche de la présidentielle."
 
Sarkozy "n'a pas donné de feu rouge"
 
La forme exacte que pourrait prendre le collectif, qui devrait être annoncée après le campus de l'UMP début septembre, "reste à préciser", selon Mariani. Reste que le plus probable serait la constitution d'un "mouvement" comparable à celui des réformateurs d'Hervé Novelli, c'est-à-dire un "courant" à l'intérieur de l'UMP, mais pas un parti inféodé au parti majoritaire. Un changement qui lui permettrait d'avoir un chef et d'"accueillir des personnalités autres que des députés". Ne l'oublions pas : les députés de la Droite populaire, Mariani en tête, se veulent "fidèles" d'entre les fidèles à Sarkozy... 
 
Et quand on demande au ministre des Transports ce que le président de la République, qu'il a rencontré le 22 juillet dernier, pense de ses projets de "structuration", il assure, sourire en coin : "Il ne m'a pas donné de feu rouge..." Quant à Jean-François Copé, il n'y serait pas opposé non plus, selon Mariani. Et pour cause : voilà peut-être enfin, pour le patron de l'UMP, un bon moyen de contrôler les "ingérables" de la majorité.
 
Par PAULINE DE SAINT REMY
Source: LePoint.fr

Laissez un commentaire